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C'est tellement simple et naturel ! Pendant des semaines, nous avions dialogué par le biais d'un serveur de rencontre gratuit. C'est moi qui l'avais accosté. Il cherchait une femme prête à vivre le scénario d'un film que je ne connaissais pas, cela m'a intriguée. Quand il m'a raconté, j'ai eu peur, mais ses mots étaient uniques, sa façon d'exprimer ses désirs et sa sensualité me caressaient déjà aussi bien ou presque que ne l'auraient fait ses mains, ses lèvres. Je ne comprenais pas pourquoi il ne parlait qu'anglais, mais il n'était pas francophone. Alors, nous avons convenu d'une rencontre, quand il serait sur le continent… Il avait tellement rêvé ce moment qu'il avait tout réglé à la perfection. Sa secrétaire nous avait réservé une chambre spéciale -il savait exactement ce qu'il voulait - dans un hôtel du centre-ville. Il désirait que notre rencontre se déroule selon un rituel bien particulier. Quand j'entrerais dans la chambre, après avoir pris à la réception la clé et le sac de bienvenue, je découvrirais ce qu'il aurait préparé pour moi… tout ce qui, par anticipation, me permettrait de le découvrir un peu mieux… de connaître ses désirs, sa personnalité… de partir s'ils me faisaient peur. Mais je suis trop curieuse, je voulais vivre Fantasmlies. Selon ce dont nous étions convenus, je me suis préparée… Il faisait déjà nuit, mais j'avais laissé les volets entrebâillés pour que la lumière des réverbères diffuse sa douce clarté dans la chambre, dessine ma silhouette. Devant la grande glace murale, je pouvais voir le jeu des ombres, ma peau semblable à la lune d'hiver, auréolée du jeu érotique des contrastes. Je n'avais conservé que mes souliers, les jambes légèrement écartées pour ne pas perdre l'équilibre, la dernière vision que je gardai de moi avant de me bander les yeux, de lui signaler par téléphone que j'étais prête. Il avait l'autre clé. L'attente fut longue, me sembla-t-il, sans doute méticuleusement calculée. Je sentais monter en moi un flux d'adrénaline, puissant, triomphant, que je ne pouvais absolument pas maîtriser, réguler ; sans doute les voisins entendaient-ils battre mon cœur, mes tempes, prêts à exploser… Je n'avais guère plus conscience que de mes jambes qui me soutenaient à peine, de mon corps qui remplissait de plus en plus un espace que je croyais envahi par les bruits intérieurs. Ce n'était pas l'angoisse devant l'inconnu, mais la douceur de ne plus rien contrôler, de savoir que je pouvais encore renoncer mais ne voulais pas, le plaisir indicible de l'abandon complet… à l'incertain ! Le parquet avait craqué dans le couloir, juste une fois… peut-être l'âge… Je retenais mon souffle, espérant percevoir une respiration derrière la porte… Le silence… Je flottais dans une semi-inconscience enivrante, qui me rendait cotonneuse, et je sentais monter insidieusement en moi le parfum d'un désir sauvage. La porte ne fit pas de bruit. Je ne pouvais déjà plus sursauter, à l'instant où j'entendis enfin un souffle léger, haletant peut-être comme le mien, tout proche : je n'avais plus la moindre force… C'est lui qui, le premier, a caressé mon corps, dont il dessinait les contours, sans à¬coups, sans porte-à-faux, s'insinuant dans les moindres recoins… L'un après l'autre, les instruments de l'orchestre se sont mis en mouvement, doigts, mains, lèvres, corps, entrant à tour de rôle dans la symphonie, un peu comme dans le Boléro de Ravel… lents d'abord, de plus en plus langoureux, pour une montée vers le crescendo de l'ivresse lascive et de l'abandon total… de la fusion… J'avais renoncé à tout, sans m'en rendre compte, sauf à l'offrande absolue. La peur était anéantie, jamais je n'ai connu un plaisir aussi intense, jamais je n'ai été mieux aimée ! Jamais l'ivresse n'avait été telle… sereine dans l'étrange… libre dans le renoncement… sagesse éternelle dans la folie de l'instant ! Jamais je ne m'étais sentie aussi libre en étant si démunie ! C'était un carrousel de sensations étranges, ralenti seulement par l'impossibilité de m'offrir plus… Quand je l'ai vu enfin, après de longues heures de merveilles inouïes, je lui ai été infiniment reconnaissante d'avoir voulu que notre premier contact se déroule ainsi. Son esprit m'avait séduite, sa sensualité, son raffinement… mais il n'était pas du tout mon type d'homme. Si nous nous étions rencontrés dans un lieu public, si j'avais pu le choisir, jamais je n'aurais connu ce que lui seul a su m'apporter… Et nous avons vécu les prémices de Fantasmlies… J'aime ce fantasme. Il permet d'intérioriser la moindre sensation, de n'en perdre aucune miette. Il est rare, j'en suis convaincue, d'être déçu(e) dans une telle situation, sauf si l'un des deux partenaires a menti sur lui-même… Il intensifie les détails les plus simples… Il fait sauter toutes les barrières qui font obstacle à l'abandon… à la fusion… à la libre circulation du désir… Ne rien voir, c'est ne rien pouvoir anticiper, c'est recevoir le moindre frôlement dans toute sa plénitude… C'est se donner et recevoir pleinement !

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