rencontre femme lyon
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Heure d'affluence à la gare de lyon, un vendredi soir comme les autres. Je voudrais tellement un café et je n'ai pas le temps. Juste, peut-être, voler quelques instants du breuvage brûlant au comptoir, sur le quai, l'œil rivé sur les destinations qui s'affichent. La lourde valise me gêne, les talons aiguille ne facilitent pas les manœuvres sur le sol irrégulier ou glissant. Il y a trop de monde.

Une minuscule place, devant le zinc. Entre qui et qui ? Je ne sais pas, je ne sais plus : rien qu'une longue gabardine beige, coupe à la mode, et l'instant d'un regard. Embrasement fulgurant : un éclair violent plus doux que le miel, une intensité inflexible qui me fait soudain me sentir belle, Femme, désirée et désireuse. Le silence et la solitude double envahissent le hall des départs. Peut-être ai-je commandé un café… Ce regard… un livre que je n'aurai pas le temps d'achever avant l'annonce de mon train... un livre blanc à écrire à deux… une histoire commune et ignorée, à laquelle j'appartiens… dont il est le narrateur ! Une rencontre, une homme, une femme, lyon derrière nous, l'aventure devant.

Et les mains d'un désir inaccessible se glissent sous mon chemisier, prennent possession de leur bien, investissent chacune des places les plus intimes, vibrants délateurs de la fièvre qui s'empare de moi… Je dois rougir ! Mon silence est tellement explicite ! Presque une incitation au contact! Peut-être ai-je ouvert et refermé la bouche! Une voix atone, annonçant mon train sur une autre voie… Un zombie à talons aiguille, soudain déchiré par la nécessité du retrait. Je ne peux qu'incliner la tête en souriant douloureusement, me soumettre... A qui ? Voiture n°7. Je ne puis regarder en arrière... Jamais les poteaux, les rails, les campagnes mouvantes n'auront défilé de façon aussi tragique. Le besoin de bouger, d'un café, conscient celui-là (ai-je payé l'autre ?). Voiture n° 4, parcours qui tangue comme mes émois. L'infâme breuvage, sur la tablette sale, d'un blanc douteux. J'ai traversé deux voitures sans les voir !

Je rêve ! "Ne vous retournez pas, vous êtes à moi !" Voix sourde, timbre grave comme je les aime. Et soudain une jambe de pantalon s'immisce entre les bas que protège mal la jupe trop courte ; et soudain les mains du désir d'avant se glissent sous ma veste, sous la chemise, remontent par devant pour me ceindre d'un étau brûlant, enserrer les pommes ardentes, les pointes hurlantes de leur émoi… Deux lèvres suaves, dans l'échancrure du col… Je ferme les yeux sans lâcher ma tasse qui voudrait s'évader, la tête renversée en arrière avec la volupté naissante. Rêve ! Il est de ma taille, mais j'ai des talons.

Oui, le temps d'un rêve ! Plus rien que le martèlement des roues sur les rails, fuite éternelle de mon désir !

Le train était direct. Je suis sortie la première et j'ai attendu vainement ! Pourtant, je n'ai pas rêvé. Ma main caresse une fièvre encore…

Si vous me lisez… C'était il y a cinq ans… hier… Vous n'avez pas pu oublier !

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