Les fantasmes érotiques...

Le but visé d’abord et avant tout en vous présentant cette section est de vous faire connaître le fantasme et la place qu’il occupe ou qu’il devrait occuper dans nos vies. C’est à travers nos lectures, dont certains des meilleurs extraits se retrouvent ci-dessous, que nous avons tout d’abord fait véritablement connaissance avec le fantasme, et que nous est venue par la suite l’idée de concevoir un service de rencontre axé sur les fantasmes des membres. Nous espérons que vous aurez autant de plaisir à lire, à explorer et à jouer avec le fantasme que nous en avons eu à le concevoir et à vous le présenter.

L’équipe de Jouer avec le fantasme.

LES FANTASMES ÉROTIQUES ...

« Homme ou femme, dans votre vie de tous les jours, vous pouvez ressentir une excitation sexuelle et un désir lorsque vos sens sont mis en éveil. Par exemple, vous vous promenez et vous croisez quelqu’un pour qui vous ressentez immédiatement du désir, mais qui ne fait, hélas! que passer …

À partir de vos sensations, vous allez élaborer dans votre tête des images, des rêves éveillés, des scénarios érotiques : c’est ce que l’on appelle les fantasmes, qui peuvent aussi prendre naissance spontanément.

Bizarres, incongrues, parfois immorales, obscènes ou pudiques, violentes ou sentimentales, romantiques, ces mises en scène exercent une fascination très forte et exacerbent les désirs. À la fois causes et conséquences du bon fonctionnement de la sexualité, les fantasmes sont le reflet de l’érotisme individuel.

Ils permettent d’obtenir, de façon imaginaire, des satisfactions parfois difficiles à atteindre dans la réalité; ils canalisent les désirs fous, autorisent le jeu avec l’impossible et l’invraisemblable. En ceci, ils sont nécessaires à l’équilibre car, en vivant ces désirs de façon imaginaire, la frustration est diminuée. Ils font partie de la vie sexuelle, et même de la vie tout court, et régularisent l’activité psychique.

Ils représentent pour beaucoup d’entre nous une face cachée, voire interdite, de notre personnalité, sur laquelle ils exercent des effets variant selon leurs caractères dominants. »

Dr Erick Dietrich et Dr Patrice Cudicio, Harmonie et sexualité du couple, TF1 Éditions, 1992

« Fantasme… mot galvaudé s’il en est un. Associé à la rêverie et longtemps perçu comme une perte de temps ou, pis encore, comme un signe de maladie mentale, le fantasme, tout comme plusieurs synonymes ou pseudo-synonymes (rêvasserie, chimère, château en Espagne, fabulation), porte une connotation négative. Même Freud, le père de la psychanalyse moderne, dans la première définition qu’il en a donné, le percevait comme une expression infantile de frustration et n’a démontré son intérêt que pour les fantasmes qu’il associait à des troubles psychologiques.

On sait aujourd’hui que Freud n’était pas infaillible malgré son immense contribution à la psychanalyse. Autant son apport sur la signification des rêves fut important, autant il négligea l’envers de la médaille : les rêves diurnes. Après lui, d’autres psychanalystes se sont mis à l’étude des fantasmes. Ce sont finalement des recherches effectuées au cours des années 1970, aux États-Unis, qui ont placé le fantasme sur la voie de la réhabilitation.

Aujourd’hui, les fantasmes constituent un élément important de certaines thérapies. Leur analyse permet d’en apprendre beaucoup sur la personnalité ainsi que sur les motivations profondes d’un individu. Des préjugés persistent, cependant, auprès du grand public. Beaucoup de gens les associent encore à une perte de temps ou, pis encore, les voient comme un phénomène dangereux, indicateur d’une névrose, d’une schizophrénie ou d’une autre maladie mentale grave. (À la différence des malades mentaux, la plupart des personnes qui fantasment volontairement sont capables de faire la différence entre le rêve et la réalité.) D’autres en ont honte. Autant ils n’ont aucune hésitation à partager leurs rêves nocturnes, autant ils taisent leurs rêves diurnes, allant même, dans des cas extrêmes, jusqu’à nier leur existence, de peur que ceux-ci leur révèlent des choses troublantes sur eux-mêmes, des choses qu’ils préfèrent ignorer. Finalement, il y a ceux qui n’accordent droit de cité qu’aux rêves qu’ils jugent réalisables et qui rejettent les autres du revers de la main.

Dans une société où tout a tendance à être polarisé (droite/gauche, bon/mauvais, blanc/noir, Dieu/Diable, conscient/inconscient, réalité/rêve, normal/anormal), il est de plus en plus difficile d’admettre l’existence de zones grises où les mots n’ont plus une signification aussi catégorique. Les fantasmes appartiennent un peu à cette zone grise. Il ne tient qu’à nous de les utiliser de façon positive! »

Philippe E. Dantès, Stimuler ses fantasmes, Les Éditions Québécor, 1999

« En fait, grâce à toutes les recherches qui ont été faites sur le sujet, on connaît aujourd’hui le phénomène avec beaucoup plus d’exactitude. Certaines études réalisées poussent le souci du détail jusqu’à estimer à environ 4000 le nombre d’idées qui nous traversent l’esprit dans une journée, allant du simple flash qui dure une fraction de seconde, à la rêverie élaborée qui peut s’étendre sur de longues minutes et même plus.

Or on estime qu’entre 1% et 5% seulement de ces pensées sont de nature sexuelle. Alors pourquoi leur importance nous semble-t-elle si démesurément élevée? La réponse est simple : les fantasmes sexuels sont ceux qui sont les plus agréables et qui ont le plus grand impact émotionnel. Ce sont en majorité des fantasmes répétitifs et entretenus, souvent invoqués pour atteindre l’orgasme, soit au cours de relations sexuelles, soit lors de la masturbation. Pour ces raisons, nous avons tendance à en conserver plus facilement le souvenir, donc à imaginer qu’ils occupent une place plus importante dans notre esprit que leur place réelle.

Si, comme le veut la théorie mise de l’avant par Freud, les fantasmes sexuels n’étaient que l’expression infantile d’une vie sexuelle non satisfaisante et une recherche de compensation, nous pourrions nous poser des questions. Sommes-nous tous des enfants? Des insatisfaits? Des obsédés sexuels?

Ici encore, la réponse est négative. D’autres recherches effectuées aux États-Unis arrivent à une constatation plutôt surprenante : contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce sont les personnes les plus épanouies sexuellement qui entretiennent le plus leurs fantasmes sexuels. Sans nier leur rôle dans nos vies, il est toutefois nécessaire de préciser que d’autres types de fantasmes sont plus importants, plus révélateurs de notre personnalité et, surtout, susceptibles de bouleverser notre vie en profondeur. »

Philippe E. Dantès, Stimuler ses fantasmes, Les Éditions Québécor, 1999